27 Sep 2017

Vintage – La Honda Accord dans la cour des grands 

En 1975, Honda n’était encore qu’un petit constructeur automobile produisant moins de 330 000 voitures par an. L’arrivée de la Honda Accord en novembre 1976 lui permit d’accéder à la cour des grands. 

Avec l’Accord 1600 cm3, Honda s’inscrivit dans un segment supérieur à celui de la Civic. 1976 est l’année où j’ai commencé à essayer des voitures pour un hebdo régional. Elles étaient généralement prêtées par des concessionnaires, car personne ne m’avait expliqué que les services presse des constructeurs disposaient de voitures à cet effet. J’avais déjà pu conduire toutes les japonaises vendues à cette époque. Si elles étaient mieux finies et mieux équipées que nos françaises, au plan des qualités dynamiques, elles restaient salement en retard. Généralement des propulsions même en petite cylindrées, les Mazda, les Datsun et les Toyota tenaient la route comme des brouettes.

La révélation !

Premiers dessins de la Honda Accord en 1973

Pendant l’hiver 1976/77, c’est un concessionnaire Honda fraichement nommé qui accepta de me prêter la nouvelle Accord avec une certaine méfiance. Vendeur de voitures d’occasions depuis plus de 25 ans, il ne croyait guère aux marques japonaises. Je tentais de lui expliquer que Honda était le meilleur motoriste du monde, et que mes jeunes tympans avaient vibré aux hurlements démoniaques de la 250 cm3 6 cylindres de Mike Hailwood, et que je n’avais jamais rien entendu de plus beau que la symphonie aigüe de la minuscule S800, il restait sceptique sur Honda en général au plan de la solidité.

La nouvelle Honda Accord était bien davantage qu’une Civic plus étoffée. D’abord, elle m’étonna par ses qualités dynamiques. C’était la première japonaise essayée au cours de ma fraîche expérience qui tenait enfin le pavé grâce à sa traction avant (moteur transversal). Son adhérence était parfaite, sa direction confiée à une crémaillère (rare sur une japonaise) était précise et douce, tandis que son freinage à disques à l’avant se montrait bien efficient. Enfin, elle était confortable, ce qui était également inédit grâce à ses 4 roues indépendantes. C’était la moins japonaise des japonaises !

Mécanique souple et discrète

Bien sûr, délivrant seulement 80 chevaux, son 1600 cm3 4 cylindres ne la transformait pas en avion de chasse avec une vitesse maxi de 155 km/h. Mais plutôt moelleux, ce moteur longue course dépollué (CVCC) ne manquait pas de tonus, surtout à moyens régimes. Il était très discret et économique grâce à sa boîte à 5 rapports qui tirait, je me souviens, très long, gage d’une consommation bien raisonnable.

Au départ la Honda Accord ne fut proposée qu’en 2 portes sous la forme d’un petit coupé (4,12 m) qui ne manquait pas d’élégance, bien qu’en 1976, l’œil était un peu choqué par les pare-chocs US jugés trop épais. C’était le cas avant que VW lance la mode des gros boucliers sur sa Golf qui démoda d’un coup les petits pare-chocs. Ah la mode !

Son habitacle offrait beaucoup de place à l’avant, où l’on était assis sur des sièges assez généreux et moelleux, c’était un peu moins le cas à l’arrière. Son coffre d’un volume moyen (232 dm3) était accessible par un hayon très pratique et des sièges basculants. Visiblement, elle était d’un segment bien supérieur à celui de la Civic. C’était déjà une grosse petite voiture.

Un équipement exceptionnel

La planche de bord ne manquait pas charme. L’équipement était véritablement exceptionnel

Ce qui m’enthousiasma, ce fut la finition bien supérieure à nos voitures françaises. L’habitacle à la finition soignée affichait une planche de bord au dessin très flatteur, dont les matériaux ne pliaient pas sous le doigt. L’équipement était du même tonneau. Du jamais vu, avec une étonnante panoplie de voyants. Entre le compte tours et le tachymètre s’affichait la silhouette lumineuse de la voiture signalant si on avait laissé une porte ou le hayon ouvert et si les feux marchaient ! Trois autres lampes indiquaient si c’était le moment de vidanger, de permuter les pneumatiques (ça ne se fait plus en 2017) et le changement du filtre à huile. À gauche, un petit réceptacle accueillait les pièces de monnaie pour faciliter les péages où on ne parlait pas à une machine !

Dans son segment de berline coupé, la Honda Accord n’avait pas de concurrence. Affichée à 28 600 francs (plus 1 300 francs pour la Hondamatic 2 vitesses), elle ne se comparait pas à une Peugeot 305 ni une Simca 1307, et encore moins à une Ford Taunus 1600. Ce n’était ni un coupé, ni une berline, ni un break, mais une Honda !

40 ans de Honda Accord !

La version 4 portes née en 1978 à l’esthétique moins typée permit à Honda d’entrer dans la cour des grands constructeurs

Victime de ses 2 portes, le coupé Accord rencontra seulement un honnête succès aux USA, mais il fallut attendre l’apparition de la version 4 portes pour que ses ventes explosent vraiment.

Au sortir de l’essai de cette voiture, je me souviens avoir tenté de faire partager mon enthousiasme au concessionnaire en lui expliquant que c’était une voiture exceptionnelle, et qu’il devait croire à cette marque et persévérer. Appuyé par son fils Denis qui m’épaula, il consentit à m’écouter. Décédé il y a peu, Henri Priouret resta plus de 35 ans fidèle à la marque Honda à Clermont-Ferrand. En essayant cette voiture, je n’imaginais jamais que 40 ans plus tard, je m’enthousiasmerai de nouveau en essayant la nouvelle Civic.

 

 

 

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