10 Avr 2017

Vintage : Honda S2000, l’héritière.

En 1998, pour fêter son cinquantenaire, la firme Honda dévoilait un roadster sportif de haute performance dans la lignée de la diabolique petite S800. Son sigle S renforçait d’ailleurs la filiation entre ces deux sportives.

Tandis que ma main gauche enserre la grosse section en cuir du petit volant, la droite se pose sur le pommeau du court levier de vitesses pour redescendre un rapport en un éclair. Dans un double débrayage, davantage pour le plaisir des oreilles que par nécessité, mes pieds effectuent un bref ballet sur le pédalier en alu. Devant mes yeux, les barres digitales du compte-tours explosent vers le chiffre magique 9000. Dans un hurlement grave digne d’une moto Honda de Grand Prix, le dos plaqué au dossier par l’accélération, avec gourmandise, la S2000 avale le virage comme accrochée au goudron.

120 chevaux au litre !

Le moteur était monté en position centrale le plus avancé possible pour offrir un rapport des masses quasi-parfait. Il s’agit ici d’un moteur préparé par Mugen reconnaissable à son filtre à air en carbone.

Ces images furtives me reviennent par flashs dans la tête. C’était en 1999 aux essais de la Honda S2000. Nous étions une poignée de journalistes sidérés par le surprenant plaisir de pilotage généré par ce roadster. Déjà depuis quelque temps, les voitures s’étaient embourgeoisées en perdant leur radicalité, leur toucher de route, leur sonorité même parmi les plus puissantes. Et Honda nous dévoilait une sportive comme on n’en espérait plus.

Il y a longtemps que les passionnés de la marque l’attendaient puisqu’elle avait été présentée sous la forme d’un concept-car SSM au Salon de Tokyo 1995. Si la S2000 en reprenait la silhouette générale notamment sa face avant profilée, elle se singularisait par une technologie différente en faisant appel à un moteur 2 litres VTEC 4 cylindres tout en alu avec une culasse double arbre et 16 soupapes. Il développait 240 chevaux à plus de 8000 tr/mn, soit 120 chevaux au litre, un record historique pour un moteur atmosphérique !

Ambiance course

Bien entendu, Mugen s’est attaqué à la S2000 sous forme de kits esthétiques et prépas moteur (filtre à air, échappement spécifique, boîtier électronique).

Le moteur de cette propulsion était monté en position centrale avant pour produire un rapport des masses presque parfait de 50/50. Ce n’était pas le seul point fort de ce roadster dont le massif châssis poutre en X lui apportait une redoutable rigidité. Son dessin imposant une large console centrale d’où émergeait le minuscule joystick du levier de vitesses à 6 rapports, expliquait l’habitacle en forme de cockpit où le pilote faisait corps avec la voiture.

Ce châssis équipé de suspensions triangulées très sophistiquées dont le poids avait été contenu par des éléments en aluminium, permettait à la S2000 une tenue de route qui enthousiasma la presse spécialisée. Bien entendu, ses performances étaient à la hauteur de ses qualités dynamiques avec 241 km/h, et surtout des relances impressionnantes. Il est certain que le rugissement du 4 cylindres joua un rôle non négligeable dans la magie qu’elle distillait. Dès l’ouverture des cames du VTEC vers 6000 tr/mn, le son mat de sa mécanique se muait en aboiement sauvage pour grimper à plus de 9000 tr/mn rien que pour le plaisir des oreilles.

Affichée à 250 000 francs, la S2000 était plutôt bien placée face à ses concurrentes nommées Porsche Boxster 2,7 l ou BMW Z3 2,8 l qui n’offraient pas sa sportivité ni son plaisir de pilotage.

Magique et mythique

En fait, elle séduisit surtout les Américains qui en furent de gros consommateurs. Au cours de sa carrière qui dura dix ans, en 2004, elle évolua à travers des jantes plus imposantes de 17 pouces chaussées de pneus plus trapus de 245/17 à l’arrière qui améliorèrent encore sa tenue de route, liée à quelques modifications esthétiques et un ESP nommé VSA chez Honda. Pour répondre aux normes de pollution sévérisées, elle adopta un moteur poussé à 2,2 l générant plus de couple à bas régimes au prix d’une légère perte du régime maximum qui dépita quelques puristes qui ne virent plus le compte-tours dépasser allègrement les 9000 tr/mn. Mais son esprit fut sauvé, et après des séries spéciales en hommage à la Formule 1 dans laquelle Honda s’était relancé, c’est à travers l’Ultimate Edition que la S2000 quitta notre vallée des larmes en 2009 après 112 583 exemplaires construits. Seuls un peu plus de 600 français eurent la chance d’en acheter une et beaucoup préfèrent la conserver car ils savaient pertinemment qu’on ne pourrait plus jamais construire une voiture aussi digne de l’esprit que le nom Honda porte en lui. Mais dans un autre segment, la nouvelle NSX prouve qu’il ne faut jamais dire… jamais.

Galerie photos Honda S2000

 

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