15 Mai 2017

Rencontre avec HENRI QUERNETTE, 1er pilote automobile Honda

La compétition, c’est une des marques de fabrique de Honda. Très tôt les regards de Soichiro Honda se tournent vers l’Europe, où se jouent les grandes épreuves. En 1959, les deux roues de la marque font une apparition remarquée dans la plus difficile des épreuves, le Tourist Trophy (TT) de l’île de Man. Mais le patron de la marque a également de grandes ambitions sur 4 roues…

En 1962, Honda présente ses premières automobiles, Sports 360 et Sports 500 au salon de Tokyo. Ce ne sont encore que des prototypes, ce qui n’empêche pas la firme de penser à la compétition. Honda Motor Japan décide d’engager deux voitures au « Marathon de la route », le Spa-Sofia-Liège. Une épreuve aussi redoutable que le TT.  Henri Quernette (à droite sur la photo ci-dessus) sera le pilote officiel Honda trois années durant.

La voiture n°78 du Spa Sofia Liège 1963 avant le départ. De gauche à droite, Jean-Pierre Guyette et Henri Quernette.

Blog Honda : Pourquoi et comment êtes-vous devenu pilote pour Honda ?

Henri Quernette : Jacky Ickx et moi-même avons été approchés par le biais de la commission sportive de l’automobile club de Belgique. Honda Motor était à la recherche de jeunes pilotes. Je courrais en Lotus Elite depuis 2 ans, et Jacky en moto de petites cylindrées. Jacky avait d’autres engagements, alors j’ai contacté un copain, Jean-Pierre Guyette, qui allait devenir mon copilote sur le Spa-Sofia-Liège. Honda a envoyé deux prototypes de sa S500, un mois seulement avant la course, pour parcourir les routes du Marathon en reconnaissance.

Nous sommes partis à l’aventure. Sans pièce, ni assistance. Honda n’avait aucun réseau en Europe. Nous intervenions parfois sur les parkings des hôtels. J’ai même utilisé du tuyau de chauffage pour une réparation de boite de vitesses. Nous étions à la fois essayeurs, pilotes, mécaniciens et metteurs au point. D’ailleurs Jean-Pierre Guyette a continué en ce sens après la course. Il a rejoint les premières équipes européennes de la marque pendant 3 ans.

Sur les routes du Spa-Sofia-Lège en Août 1963. 6000kms à parcourir non-stop sur des routes ouvertes et souvent mal revêtues !

BH : Pouvez-vous nous parler de ce Marathon de la Route 1963.

HQ : C’était le rallye le plus dur au monde. Un départ prévu le mardi à 23 heures de Spa, et un retour escompté dans l’après-midi du samedi à Liège. Près de 6000 kilomètres parcourus non-stop, sur des routes cassantes, mal revêtues…et ouvertes à la circulation !

Les voitures de course sont arrivées peu avant le départ, sans préparation particulière. Il s’agissait de deux S500 blanches, à conduite à gauche et équipées d’un Hard Top. Faute de temps, elles n’avaient guère évolué et ne pouvaient tenir compte de nos retours avec les mulets de reconnaissance. La course a été éprouvante.

Sur les 119 équipages présents au départ, seuls 20 ont été classés ! Nous sommes rentrés en Belgique, mais hors délai, après avoir remis le train avant en état à Kotor, au Monténegro.

J’ai su que Soichiro Honda était non loin durant toute la course. Je l’ai rencontré quelques jours plus tard, lors de l’inauguration de l’usine d’Alost. Les voitures de course et de reconnaissance sont reparties au Japon afin d’être disséquées. Nul doute que le rallye a été un banc d’essai grandeur nature et a permis d’améliorer les véhicules de série à venir.

Henri Quernette à gauche et Nobuo Koga à droite aux côtés de la Honda S600 n°47 du Marathon de la route 1964

BH : A l’été 1964, Honda fait une grande offensive sportive en Europe. Formule 1 en Allemagne et en Italie, 500 kilomètres sur le Nürburgring et vous toujours sur le Marathon de la route

HQ : Une seule voiture a été engagée et j’ai fait équipe avec Nobuo Koga cette fois, un pilote japonais avec qui je suis resté ami. L’auto, une S600 un peu plus véloce que la S500, avait été préparée par la R&D Honda à Asaka, avec notamment des amortisseurs spécifiques ou encore des freins renforcés. Nous avons modifié l’éclairage et le réservoir avant de partir. La roue de secours a été déplacée à l’extérieur pour stocker quelques pièces et de l’outillage dans le coffre.

Durant le rallye, victimes d’un accrochage bénin avec un camion, nous avons fini par avoir un souci de direction à Novi Sad, en Serbie. Mais comme l’année précédente, nous n’avions pas d’assistance rapprochée. Et celle-ci était postée à la frontière italienne, loin de là. Nous n’avons pu réparer dans les temps.

 

Victoire de classe pour l’équipage de la n°43 en 1965. Le Marathon se courre désormais sur le circuit du Nürburgring.

BH : L’année suivante a été la bonne année alors ?

HQ : Oui. Toujours en équipe avec Koga, mais sur le Nürburgring cette fois. Pour des raisons de sécurité, il avait été décidé de transférer l’épreuve sur circuit. Pour une course tout aussi marathon de 82 heures ou nous nous relayons à deux !

J’ai toujours été dans mon élément sur les circuits techniques comme celui de l’Eifel, Spa ou Charade. La S600 aussi était plus à l’aise sur circuit qu’en rallye, moins pénalisée par sa faible cylindrée. Nous n’étions que deux derrière le volant, ce qui ne nous a pas empêchés de gagner notre classe.

Notre voiture victorieuse n°43 est partie au Japon et a été exposée au salon de Tokyo 1965. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai découvert le pays. A mon retour, je me suis consacré à l’entreprise familiale et j’ai raccroché mon casque ! Mais je garde un souvenir extraordinaire de cette aventure hors norme.

 

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