17 Jan 2018

Vintage – Honda 1300 H : la fin du début

Il y a deux périodes bien distinctes dans l’épopée automobile Honda née avec la S360 en 1963. Il y a eu avant et après la Honda 1300 H dévoilée en 1969.

Une fois n’est pas coutume, nous allons vous conter l’histoire d’un modèle Honda qui n’a pas connu le succès commercial espéré. Passionné par la technologie des moteurs, Soichiro Honda qui cumulait le double titre de PDG de la marque et d’ingénieur en chef du centre d’études, souhaitait que les moteurs Honda soient plus performants que ceux de la concurrence. Il l’avait démontré avec les précédentes S800 et N600. Croyant énormément aux vertus du refroidissement par air, il avait été l’instigateur de la malheureuse Formule 1 (RA 302) adoptant cette technologie utilisée en moto.

Les performances d’une bonne 2 litres !

En 1967, face au succès de la nouvelle N500/600 au moteur refroidi par air, Soichiro décida de monter en gamme avec une berline 1300 qui offrirait les performances d’une 2 litres.  Pour ce faire, à partir de ses idées, le centre d’études développa un original 4 cylindres en ligne de 1300 cm3, tout en aluminium, refroidi par air (DDAC signifiant Duo Dyna Air Cooling), se caractérisant par son carter sec comme sur les moteurs de compétition. Un moteur qui donna le jour à 203 brevets !

Ce superbe groupe propulseur fut monté en position transversale dans une petite berline traction avant de 3,84 m de long. Lorsqu’il vit la voiture achevée et étudiée en 16 mois seulement, Soichiro piqua une grosse colère car il ne la trouva pas réussie d’un point de vue esthétique. Son design trop fade de N600 modifiée joua certainement un rôle négatif dans sa carrière.

Dévoilée fin 1968, et produite seulement mi 1969, cette Honda 1300 h était disponible en deux puissances. Soit la 77, soit la 99. En fait, ce sigle signifiait la puissance au litre du petit 1298 cm3. Un chiffre fabuleux à une époque où celle-ci ne dépassait pas 50 ch au litre pour une 1300, soit au grand maximum 55 à 60 ch. La version de base 77, alimentée par un carburateur, délivrait donc 100 ch SAE contre 115 ch à 7500 tr/mn pour la version 99 autorisant une vitesse de 175 km/h. Un chiffre ahurissant en 1969 ! Cette Honda 1300 h se posait en concurrente, du moins au niveau des performances, des grosses Toyota et Datsun, pour un budget de fonctionnement inférieur. Pourtant elle fut un échec. Pourquoi ?

La loi antipollution américaine et la Honda 1300 H

Lors de sa genèse, Soichiro Honda s’était heurté aux autres ingénieurs de son centre d’études, qui ne croyaient plus à ce type de refroidissement. Ils le jugeaient trop bruyant et aussi bien plus polluant, plus onéreux à réaliser, et surtout peu performant au niveau du confort acoustique et du chauffage. Mais ne capitulant pas, il leur avait laissé développer un moteur refroidi par eau. Pour Honda, l’avenir de grand constructeur automobile généraliste passait par le marché américain. Mais quand les USA annoncèrent la loi anti-pollution (Clean Air Act) dès 1975, ce type de refroidissement apparut trop polluant surtout pour les moteurs Honda tournant à des régimes bien plus élevés que ceux de la concurrence. Très lucide, poussé par son ami Kyoshi Fujisawa directeur de la marque, Soichiro comprit qu’il s’était trompé et ne s’entêta pas. Il préféra démissionner de son poste de dirigeant du centre de recherches, et c’est tout à son honneur. Cet acte permet de se rendre compte de la modestie de ce capitaine d’industrie qui resta, néanmoins, le patron de son empire industriel.

Débuts difficiles pour la Honda 1300 H

La berline, dont l’esthétique sans âme fut mal acceptée malgré ses extraordinaires performances, fut épaulée un an plus tard par un coupé aux formes 100 % inédites bien plus séduisant. Plus long de 30 cm et plus large, il offrait une silhouette bien plus agressive souhaitée par son patron. Le coupé fut bien mieux accueilli par ces derniers que la berline Honda 1300 H. Mais son petit 1300 jugé trop bruyant vit sa puissance réduite de 115 à 95 ch pour rester dans des normes sonores acceptables. Le manque de succès de la berline explique qu’elle ne fut pas importée en France (il parait qu’il y aurait eu un exemplaire).

En 1972, après un restylage de la face avant destiné à lui donner davantage de personnalité en l’allongeant, la H abandonna le 1300 refroidi par air sous le vocable de 145 pour 1433 cm3. Elle hérita du moteur CVCC refroidi par eau et issu de la Civic qui venait de voir le jour. Mais nous étions loin de la puissance du précédent 1300 puisqu’il ne développait plus que 80 ch SAE dans la berline, et 95 ch dans le cas du coupé grâce à l’injection. Désormais, l’avenir du constructeur nippon passait par la Civic qui avait entraîné une nouvelle philosophie. En 1973, Honda arrêta sa fabrication, suivie du coupé 2 ans plus tard après 70 000 berlines construites et 46 000 coupés. Ces derniers sont très recherchés aujourd’hui par les collectionneurs, surtout la version refroidie par air.

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