26 Avr 2016

Vintage / Honda N360/N600 : « Tout est mini dans la vie ! »

Salon de Tokyo 1966, sur le stand Honda, une marée humaine se pressait autour d’une minuscule voiture : la nouvelle Honda N360. Jeune constructeur de quatre roues, Honda était connu surtout pour sa récente S800 qui s’adressait au marché restreint des sportives. Ce n’était pas le cas de la nouvelle 360 qui s’attaquait au segment des « kei-cars », catégorie de véhicules légers à la fiscalité réduite au Japon, ne devant pas dépasser 3 mètres de long ni 1,30 m de large, d’une cylindrée maximum de 360 cm3. D’une conception révolutionnaire, la N360 ne ressemblait à aucune autre de ses concurrentes. Son succès fut foudroyant. Deux mois après son lancement, elle occupait déjà un tiers des ventes du segment K !

Près de 140 km/h !

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La N360 faisait beaucoup songer à la Mini au plan esthétique.

En 1967, en la dévoilant au salon de Genève puis celui de Paris, Honda s’attaquait au vieux continent. Ce fut le même engouement d’autant que pour l’exportation, la N360 était épaulée par une version 500 cm3 puis 600 cm3 qui intéressaient davantage les Européens. Ils la comparèrent évidemment à la Mini anglaise à qui elle ressemblait étrangement. C’était l’époque où un jeune chanteur nommé Jacques Dutronc cartonnait sur les ondes (longues) avec une chanson de Jacques Lanzmann « Mini, mini, tout est mini dans la vie ». Cette mini en offrait un maximum !

Cette traction avant offrait l’originalité, pour nous Européens, d’être animée par un minuscule moteur surtout en version 360 cm3. Il s’agissait d’un bicylindre 4 temps à arbre à cames en tête refroidi par air, proche de celui de la moto 450 cm3. Monté transversalement, ce twin vertical développait la puissance extraordinaire de 31 ch en 360 cm3 et 45 chevaux SAE à 7300 tr/mn pour la 600. Soit le double de la Fiat 500 italienne de l’époque !

Ces mécaniques permettaient à cette minuscule 4 places des performances rares il y a presque 50 ans. 120 km/h pour la 360 et plus de 135 km/h pour la 600 avec surtout des accélérations dignes d’une 1500. Enfin cerise sur le gâteau, les N360 et 500 étaient proposées à des prix hyper compétitifs (6 650 francs en 600).

Les pilotes enthousiasmés

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Dans cette publicité française, on se rend compte de la similitude du dessin de son vertical twin avec celui de la moto 450 Honda.

Encore peu nombreux dans l’hexagone, les concessionnaires Honda ne purent répondre à la demande (7690 ventes en 1968 !). Il y avait la queue pour essayer cette adorable bombinette aux couleurs vives. Les premiers essayeurs furent enthousiasmés par son look branché, sa fantastique maniabilité (empattement de 2 mètres), ses perfs exceptionnelles, sa nervosité (525 kilos) et son équipement. Ils furent moins séduits par sa suspension à ressorts à lames à l’arrière et son moteur trop sonore. Quelques-uns furent déroutés (surtout madame) par sa mécanique qui exigeait de grimper dans les tours (8000 tr/mn). Des régimes auxquels personne n’était habitué mais qui permettaient à la commande de la boîte à crabot idéalement placée sous la main, d’égrainer ses rapports comme dans du beurre. Ce qui dérouta une certaine clientèle. Une version automatique Hondamatic fut proposée mais la France n’était pas encore prête à acheter des voitures automatiques. Mais ceux qui s’y firent furent globalement enthousiasmés par ces Honda.

Parmi le plus fana de la N600, citons le pilote Jean-Pierre Beltoise. Il fut tant sidéré par ses performances qu’il décida d’en engager une au Critérium des Cévennes 1967. La vue de cette minuscule bombinette fit sourire quelques observateurs avant le départ. Mais leur sourire se figea quand sa N600 légèrement préparée, réalisa des chronos stupéfiants avant de s’arrêter sur une panne stupide de givrage des carburateurs. Le pilote Patrick Depailler fut lui aussi séduit par cette minuscule japonaise qu’il offrit en cadeau de mariage à sa femme !

N400/600 G bien améliorées

Les N360/600 n’étaient pas parfaites pêchant par leur confort et surtout par leur moteur trop pointu pour une utilisation urbaine. En 1969, Honda présenta de nouvelles versions rebaptisées N400 et N600 G. Leurs performances s’étaient assagies malgré une augmentation de la cylindrée (401 cm3 et 36 ch) offrant plus de douceur à un régime abaissé. Elles se caractérisaient aussi par leurs freins avant à disques et une finition encore plus achevée (bois, volant cuir, compte-tours). Plus agréables à conduire, elles connurent une bonne carrière surtout en zone urbaine jusqu’en 1971, année où Honda décida d’arrêter la série N produite au chiffre record de 1 million d’exemplaires en 44 mois seulement ! Elle poursuivit sa route sous la robe d’un coupé baptisée Z600 pour l’exportation. Bientôt dans Vintage.

Au Japon où les kei-cars connaissent toujours un énorme engouement (660 cm3 maxi), Honda continue à proposer une large gamme qui surfe sur le mythe de la N notamment sa N-one qui reprend le style de sa glorieuse aînée.

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